Démarré en province il y a une semaine, le mouvement social des agriculteurs a été généralisé dans toute la France ce jeudi 25 janvier à l’appel de plusieurs syndicats agricoles.

 

Terre emblématique de l’agriculture francilienne, le Sud-Essonne était pleinement mobilisé durant cette journée. Dans la matinée, une centaine d’agriculteurs ont convergé vers le rond-point à la sortie d’Étampes, sur la RN20, pour une action symbolique afin de faire entendre leurs voix.

À l’instar du Maire d’Étampes Franck Marlin, de nombreux élus locaux étaient également présents pour afficher leur soutien à cette cause essentielle.

 

 

 

Franck Marlin, Maire d’Étampes

« Ce n’est pas un hasard si nous sommes réunis sur cette première barricade avant Paris. Nous avons toujours affiché notre soutien aux agriculteurs, qui constituent un moteur économique et, surtout, qui assurent notre souveraineté alimentaire, qui nous nourrissent au quotidien. Les normes européennes auxquelles s’ajoutent celles de la France prennent à la gorge nos agriculteurs qui ne peuvent même plus vivre de leur travail. Ce qui crée une profonde détresse et un légitime sentiment d’abandon pour cette profession. Cette situation dure depuis des années, s’empire même, sans que rien ne soit fait. Ras le bol de l’agri-bashing constaté depuis des années. On attend beaucoup du gouvernement. Arrêtons les “mesurettes“, il faut totalement reconsidérer cette approche et lever les contraintes nombreuses et aberrantes.

Dans le même temps, on importe des produits d’Amérique latine, avec du bovin perfusé aux hormones. Il y a beaucoup trop d’incohérences. Mais si nous n’avons plus cette indépendance alimentaire, on va dépendre de qui ? Il ne faut pas attendre pour réagir et soutenir pleinement cette profession qui nous apporte tant. »

 

Johann Mittelhausser, président de la Communauté d’Agglomération de l’Étampois-Sud-Essonne

« Il ne faut pas oublier que l’Étampois est constitué à 80 % de terres agricoles. L’agriculture fait partie de notre identité, façonne aussi nos paysages, notre cadre de vie et nous nourrit au quotidien. Les agriculteurs sont d’ailleurs aussi les premiers défenseurs de la nature. Beaucoup de choses leur ont été reprochés alors qu’ils sont les plus à mêmes de comprendre les intérêts écologiques. C’est aussi l’ineptie d’une surrèglementation, des injonctions contradictoires. Ce qui engendre une distorsion de concurrence insupportable avec les pays étrangers. »

 

Benoît Mazure, agriculteur à Morigny-Champigny

« Cela faisait longtemps que nous n’étions pas autant à nous mobiliser. Et il y a une double raison à cela. D’abord d’un point de vue économique, avec des prix de revient qui ont fortement baissé depuis 2 ans. Culture emblématique, le blé a par exemple perdu quasiment la moitié de sa valeur depuis février 2022. Dans le même temps, les charges n’ont, quant à elles, pas baissé. Le prix du matériel, des produits phytosanitaires, ou du fuel est resté à des niveaux très élevés.

À cela s’ajoute les différentes normes environnementales et les moyens de production qu’on nous retire les uns après les autres. Et cela ne date pas d’hier.

Les difficultés économiques plus les normes, c’est trop pour nous et cela ne s’arrête jamais. Quoi qu’on fasse, on a peur d’enfreindre tel ou tel règlement. Il y a les règles au niveau européen mais aussi une surtransposition française. On entend souvent dire “C’est la faute de Bruxelles“. Le gouvernement a largement sa part de responsabilité dans cette situation. C’est pourquoi nous avons décidé aujourd’hui de nous joindre à ce mouvement national. On est une grande famille, on se soutient, on est tous ensemble et on le restera. »

Denis Rabier, ancien agriculteur à Pussay

« Ce n’était déjà pas simple avant, mais ça ne s’arrange pas. Cela devient très compliqué de gagner sa vie. Au moment de la Guerre en Ukraine, le cours des céréales a augmenté de façon extraordinaire mais est redescendu aussi vite. Le problème, c’est que dans le même temps, tous les intrants ont augmenté mais n’ont pas baissé : les engrais, le carburant, les produits phytosanitaires… Il y a donc cet effet ciseau qui nous fait très mal. Il y a également les contraintes environnementales. On arrive à des situations absurdes, on ne sait même plus si cela dépend de l’Union Européenne ou de la France, mais ce qui est sûr c’est que nous en pâtissons. Il y a beaucoup trop de problèmes. L’installation des jeunes devient tellement compliquée. L’agriculture est un roulement très long, il faut 10-15 ans pour récupérer les fonds misés au début. Mais si on y ajoute les différentes charges, cela aggrave encore la situation. Il y a près de 50 % des agriculteurs qui partiront à la retraite d’ici 2-3 ans. Qui sera en mesure de les remplacer ? Si rien n’est fait, personne. »

 

Guy Crosnier, agriculteur à la Forêt-Sainte-Croix et président délégué au Conseil départemental en charge de la Ruralité, de l’Agriculture et de l’Alimentation

« Je suis présent à la fois en tant qu’élu et en tant qu’exploitant pour soutenir la profession, toute production et tout mode de production confondus. Pour ma part, j’ai fait une conversion en agriculture biologique. Cette année, le blé qui me reste sera vendu en conventionnel, c’est à dire à perte. Normalement, lorsqu’on a moins de rendement, on est payés plus cher, sauf que cette année les cours font qu’il n’y a pas d’acheteurs, les silos sont pleins. Il y a vrai problème, profond. L’activité économique de l’agriculture ne nourrit plus son homme, et risque ainsi, à terme, de ne plus nourrir personne. Concernant les questions environnementales, il ne faut pas oublier que les agriculteurs ne partent pas de rien. Ils en ont déjà fait beaucoup. On met la barre tellement haut qu’on n’arrive jamais à niveau. Il y a aussi le sujet des grandes surfaces qui font leur marge sur le dos des agriculteurs français. »

Gérard Hébert, conseiller régional et adjoint au Maire d’Étampes

« Au nom de la Région et de la Présidente Valérie Pécresse, je suis bien évidemment présent pour afficher un soutien total aux agriculteurs franciliens. Il faudrait une fois pour toute que les promesses n’engagent pas uniquement ceux qui les reçoivent. »