C’est avec une profonde tristesse que le Maire Franck Marlin et les élus municipaux ont appris ce matin le décès de Jean Rigot, résistant et ancien déporté au Camp de concentration de Neuengamme durant la Seconde Guerre Mondiale.

Il est décédé dans sa 99e année, à l’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées dépendantes) de la Chalouette à Morigny-Champigny.

À Étampes, Jean Rigot était le dernier des rescapés des camps à pouvoir encore témoigner du calvaire qu’il avait vécu durant sa captivité.

Jean Rigot n’aimait pas parler de ses souvenirs extrêmement douloureux.

Depuis toutes ces années, il avait toutefois confié aux journalistes d’Etampes info quelques bribes de cette terrible épreuve.

« Pour fuir le STO (NDLR : Service du Travail Obligatoire en Allemagne), je m’étais réfugié chez des cousins en Eure-et-Loir. Ils étaient tous deux dans la résistance. Ils m’ont fait des faux-papiers et je me suis joint à eux. Mais le 18 mai 1944, je me suis fait contrôler et arrêter », avait-il relaté.

Jean Rouget, alias Jean Rigot, fut ensuite emprisonné à Chartres, Orléans, Compiègne avant d’être déporté dans le camp de concentration de Neuengamme, en pleine Allemagne nazie.

Un camp qui a compté près 60 000 morts pour un peu plus de 100 000 détenus.

« Le trajet en train pour arriver à Neuengamme fut effroyable. Nous étions près de 80 personnes, debout, serrées comme des sardines dans un wagon à bestiaux avec du barbelé aux fenêtres. Le trajet a duré 4 jours, sans boire ni manger. Parmi les 1 500 hommes du convoi, 459 sont décédés au cours du voyage. À la libération des camps, seuls 352 sont rentrés chez eux. J’étais parmi les survivants. Je pesais 34 kg », avait-il confié.


Jean Rigot passa ensuite plusieurs années dans un sanatorium pour se rétablir. Il a ensuite rencontré Jeannine, une habitante du quartier Saint-Gilles, à Etampes. Il s’est marié et a eu deux enfants. Une fille et un garçon. Nouvelle épreuve tragique et douloureuse à surmonter. Le couple perdra leur fils brutalement d’une rupture d’un anévrisme.

Durant toute sa vie, Jean a été un combattant, encaissant les mauvais coups de la vie. « On a pas bien le choix, c’est une question de survie », avait-il déclaré lors d’une interview. Et tant qu’il a pu, il a été présent lors des commémorations de la Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation. « Je veux rester debout pour dire : n’oublions pas », soulignait-il à chaque fois.

Puis, vint le jour, où Jean Rigot et son épouse Jeannine ont du quitter leur maison de la rue Bouilloux-Lafont pour recevoir les soins dont ils avaient besoin à l’EHPAD de la Chalouette à Morigny-Champigny.

Gilbert Dallérac, Adjoint au Maire en charge des Aînés, de la Mémoire et des Anciens Combattants,  un intime des époux Rigot et en particulier de Jean qu’il avait rencontré dans le cadre professionnel, allait souvent lui rendre visite.

« J’ai connu Jean Rigot chez Bertrand Faure (NDLR : entreprise d’équipement automobile rebaptisée Faurécia dans le Parc Sudessor). Jean Rigot était responsable de l’atelier outillage,  Il avait une cinquantaine de personnes sous sa responsabilité.

Il a été de nombreuses années mon chef de service. Il m’a accompagné et orienté dans ma carrière professionnelle. Chaque matin, quand il arrivait au sein de l’entreprise à 6h45, il s’isolait dans son bureau pour se frictionner les bras et jambes avec un gel antalgique. A l’époque, je ne connaissais rien de son passé de résistant et d’ancien déporté au camp de concentration de Neuengamme. C’était un homme pudique et discret.

C’est seulement lorsque le Maire Franck Marlin, aux côtés de Pierre Richier, ex PDG de Bertrand Faure et Maire de Chalo Saint-Mars, lui ont remis la Légion d’honneur en 2011, que j’ai appris son passé de résistant et de déporté.

J’ai alors compris pourquoi il se massait tous les matins. Jean Rigot était pétri de douleurs, mais il ne se plaignait jamais. Nous avons gardé après son départ de l’entreprise, une relation d’amitié forte. Je le considérai comme mon père spirituel, puisque je lui ai succédé dans son poste à responsabilité au sein de l’entreprise.

C’était un homme extraordinaire, philosophe et aussi d’une grande générosité. Je me souviens encore quand il me disait « Je pardonne, mais je n’oublie pas ».

Son départ m’attriste profondément. « Mon Jean » est parti, mais il restera à jamais dans mon cœur et dans ma mémoire », déclare Gilbert Dallérac avec émotion.

Le Maire Franck Marlin très proche également de Jean Rigot, et la Ville d’Etampes adressent leurs sincères condoléances à son épouse Jeannine, sa fille, sa belle-fille, ses petits-enfants et arrières-petits enfants et sa famille.