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La Tour de Guinette

Cette tour à l'architecture très élaborée, de forme quadrilobée, était autrefois le donjon du château royal d'Etampes, puissante forteresse édifiée par Robert-le-Pieux et à laquelle la construction du donjon est légèrement postérieure (vers 1130-1150).

Au cours des siècles suivants, le château a été l'enjeu de nombreux combats. Il a notamment soutenu un siège héroïque en 1411 au cours de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons. Les guerres de religion virent plusieurs fois la prise de la ville et du château par chaque parti. En 1589, les Etampois, lassés des luttes perpétuelles dont leur château était l'enjeu, obtinrent d'Henri IV le droit de détruire les fortifications et le château, ce qui leur fut accordé.

Néanmoins, au siècle suivant, pendant la Fronde, la ville fut le théâtre de sanglants affrontements entre les troupes de Turenne et l'armée des princes qui laissèrent Etampes dans un état de désolation et de ruine qu'aggrava une épidémie de peste.

Vendues comme bien national sous la Révolution, les ruines du château encore très importantes à cette époque, furent démolies par les propriétaires successifs qui en vendirent les pierres. Seules les ruines de la tour subsistent aujourd'hui.

ARCHITECTURE DU CHATEAU-ROYAL D'ETAMPES
AU MOYEN AGE (Xème - XIIIème siècle)

La date de construction du donjon

La datation du Donjon royal de Guinette a fait l'objet de débats passionnées chez les historiens du siècle dernier, les uns faisant remonter son origine au règne de Philippe 1er, vers 1080-1090, les autres défendent l'idée d'une construction entre 1150 et 1170 (Viollet-le-Duc) voire entre 1180 et 1200 (Victor Petit). Il est amusant de constater que les érudits locaux ont instinctivement eu tendance à vieillir l'édifice, sans doute pour lui conférer une valeur encore plus grande.

Toujours est-il que l'état actuel de la recherche en matière d'architecture militaire ne laisse plus guère subsister de doutes quand à l'âge du donjon. Sa construction remonte à une période comprise entre 1130 et 1150. Les bases et chapiteaux des colonnes du deuxième étage en font foi.

Dès le début du siècle, Louis-Eugène Lefebvre s'est étonné de la similitude entre leur profil et celui de plusieurs bases de colonnes de la façade occidentale du clocher nord de la cathédrale de Chartres, sans pour autant pousser plus avant les investigations. Pierre Héliot et Pierre Rousseau ont les premiers, repris cette piste en 1967. Le résultat de leurs travaux a été publié la même année par la Société Nationale des Antiquaires de France. Le relevé comparatif des bases de colonnes d'Etampes et de Chartres sont éloquents. Mieux, à la faveur de fouilles, a récemment été retrouvé un profil semblable ... au pied d'une des piles du bloc de façade à l'abbatiale de Saint-Denis. Les similitudes incitent à tenir pour à peu près contemporains les trois édifices dont on vient de signaler un trait commun, mineur certes et pourtant apparemment fort peu répandu. Des trois, les deux derniers sont par bonheur datés avec précision par les textes.Nous savons qu'on commença le clocher chartrain au lendemain de l'incendie de 1134, qu'on y travaillait encore en 1145 et qu'on dédia le massif occidental de Saint-Denis en 1140.

D'autres rapprochements engagent à ne point rajeunir le donjon d'Etampes car on constate, sur d'autres monuments de la région, qu'on altéra le schéma primitif (des profils de bases) dès la veille du milieu du siècle.

Les travaux d'Héliot et de Rousseau n'ont pas été remis en cause, tout au contraire. Nicolas Faucherre reprend leurs conclusions dans l'article rédigé en 1992 pour le Guide du Patrimoine d'Ile-de-France, de même que Jean Mesqui dans son ouvrage de référence consacré aux châteaux-forts.

LE CHATEAU ROYAL D'ETAMPES :

Textes : Clément Wingler, 1997.
Dessin de Philippe Moreau (Association "les amis du château d'Etampes").